Toutes les photos de cette série sont nées de l’imprévu.
Habituellement, le photographe de paysage choisit sa lumière, guette la bonne météo, attend l’heure la plus inspirante. Rien de tout cela ici.
Ce matin-là, gris et pluvieux, nous prenions la route du retour après un long week-end entre amis. Installée à l’arrière du mini-van qui quittait doucement le plateau de l’Aubrac pour redescendre vers le Lot, l’ennui me gagnait, jusqu’à ce que je remarque la beauté singulière que la pluie offrait au paysage. Les gouttes glissant sur les vitres transformaient ce que je voyais : elles brouillaient les contours, étiraient les formes, donnaient un relief inattendu à ce défilé de routes, d’arbres et de bâtiments.
Mon appareil photo, rangé au fond du coffre, était hors de portée. J’ai donc attrapé mon téléphone pour tenter quelques images. Les premiers clichés m’ont étonnée par leur force. Alors je me suis laissée porter par le mouvement, photographiant au rythme du mini-van ces visions fugaces qui disparaissaient aussi vite qu’elles apparaissaient.
À mesure que la pluie redoublait, les paysages devenaient presque indéchiffrables : abstraits, mouvants, parfois même un peu inquiétants. Tout se déformait, se tordait, se dérobait, créant un univers étrange et hypnotique. Une mélancolie douce, presque addictive, s’est installée au fil des kilomètres — et c’est elle qui a donné naissance à Aubrac Melancholia.
4 décembre 2025
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